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Let’s be serious for a moment : à propos de l’identité nationale

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ÊTRE.
Par Norberto Chaves

L’identité nationale n’est rien d’autre qu’un ensemble de caractéristiques récurrentes, invariables et tenaces, transmises involontairement de génération en génération, et qui dépasse les frontières des classes. Une carte qui articule le « nous », dans le temps et dans l’espace.

Ces caractéristiques éclosent doucement, en silence. Puis elles s’épanouissent et se manifestent à travers des actions singulières et autonomes. Au fond, ce qui les caractérise, c’est moins leur singularité que leur autonomie.
L’identité ne demande pas la permission, car elle n’est pas volontaire, mais plutôt inévitable. Je suis, mais sans m’en rendre compte. Le « un » est universel.

Pour être, il faut se différencier. On est ce que l’autre n’est pas. Si les individus de certaines cultures primitives se contentaient de se dénommer « êtres humains », c’est très probablement parce qu’il leur suffisait de se savoir différents de la nature qui les entourait. Ils représentaient « une » culture, seulement une parmi d’autres, mais ils l’ignoraient. Ils étaient ainsi l’humanité. L’autre était la nature. Comme dans le jardin d’Eden. C’était rudimentaire. À l’origine, pour se rendre compte de notre singularité, il nous suffisait de nous comparer aux animaux. Mais pour être une nation, il faut d’autres nations. Pour que l’identité collective devienne une prise de conscience, nous avons besoin des autres. Fondamentalement, il nous faut nous opposer aux autres. Sans rival, nous ne sommes rien. C’est notre cas.

Les remous de la conscience

Les gestes spontanés de souveraineté qui nous définissent sont tôt ou tard récusés et remis en question par les autres : la paix est un oiseau d’un autre monde. Avec la contestation de cette légitimité, l’identité émerge et devient prise de conscience. Elle appelle des exigences, un programme d’action, une quête. La création d’un hymne national. « D’élève alors à la face du monde une nouvelle nation glorieuse. » Pour cela, il fallait d’abord « terrasser le lion ».

Celui qui écrase ou envahit le fait souvent au nom de quelque chose d’universel. Celui qui est envahi, à l’inverse, exige la reconnaissance de son individualité. Le nationalisme est essentiellement réactif, et il n’y a pas de mal à ça. C’est un mouvement naturel. Personne n’existe hors de l’opposition à un autre. Les pacifistes sont des gens sympathiques qui manquent de culture historique.

Les colonies, les anciennes colonies et les néo-colonies sont des laboratoires où se retissent en permanence les identités. Aucun pouvoir impérialiste ne s’interroge sur la sienne, trop occupé qu’il est par son travail de domination. Le dominateur doit toujours être un peu stupide, son pouvoir l’handicape. Confirmé dans son hégémonie, le puissant ne doute même pas. À vrai dire, il ne réfléchit pas, il se contente d’agir. Le dominé, en revanche, ne fait que douter. Il questionne son identité, car elle est menacée, et le bouleversement de ses certitudes n’est qu’une conséquence parmi d’autres.

Si la question se pose, c’est que quelque chose s’est effondré, une continuité, une unité, un tout. S’interroger sur son identité, c’est comme se baisser pour ramasser les tessons épars d’un discours fracturé. Et ce faisant, la conscience vacille et hésite. Elle échoue.

Elle recompose les morceaux dans le désordre. À croire qu’elle a été conçue pour se tromper. Dans sa précipitation, elle n’offre qu’une caricature de sa propre identité et la trahit tôt ou tard. Mais l’identité, retranchée hermétiquement dans l’ineffable, immunisée contre toute forme de dépréciation, persévère, coule comme une rivière souterraine et ressurgit dans d’involontaires actions réflexes. Les gestes, les paroles, derniers bastions de la nationalité.

Le puzzle

Collage, accumulation arbitraire de fragments décousus, d’origine et de sens inconnus, imposés comme naturels par la simple force de la répétition, catalogue chaotique assemblé selon le principe du hasard, l’identité n’est pas un discours articulé, mais plutôt une simple énumération, une liste et non un paragraphe. « La vidriera irrespetuosa de los cambalaches« 1.

Célèbre allégorie de scandale moral, elle devrait être relue de temps en temps comme une rigoureuse métaphore surréaliste de l’identité. C’est moins une catastrophe qu’une véritable image du chaos insurmontable de notre condition historique.

L’odeur du rôti flottant sur le repas kasher lui donne un certain goût de milonga (sorte de tango). La papille gustative, désorientée, permet à l’oreille d’entendre, de façon unique, la voix des sans voix. Et le but acclamé de Maradona devient la musique de fond des chutes d’Iguazú. Par-delà ce cambalache, on entend la répétition automatique, comme un répondeur téléphonique, de la mise en garde fatale de notre père fondateur : « Tu seras ce que tu dois être, sinon tu ne seras rien. »

1 Note de l’auteur : Vers du tango « Cambalache » (bric-à-brac, brocante), de Enrique Santos Discépolo, censuré sous les dictatures militaires. Les paroles dénoncent la corruption et l’impunité des années 1930 et restent étonnamment d’actualité.

Written by vint4ge

jeudi, 18 février 2010 à 4:43

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